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Interview de Emilie Del Do : Santé mentale en entreprise - Passer de la prise de conscience à l'action

Interview de Emilie Del Do : Santé mentale en entreprise - Passer de la prise de conscience à l'action

Emilie, pouvez-vous nous dire comment l'expérience de vivre et de lancer une entreprise à Hong Kong a-t-elle façonné votre approche du stress et du bien-être au travail?

Vivre à Hong Kong a été une expérience aussi stimulante qu’intense. Dans ce cadre ultra-compétitif, énergique et résolument tourné vers la performance, j’ai compris une chose essentielle : le stress ne connaît ni frontières culturelles ni statut professionnel. Il touche tout le monde, partout.
L’énergie, la compétitivité, la culture du “toujours plus” : tout pousse à performer. Et j’y ai adhéré à 200 %. À l’époque, je pensais que le stress faisait partie du jeu. Jusqu’au jour où mon corps a dit stop.
Je suis entrée dans un état de stress chronique sans m’en rendre compte. Malgré des symptômes physiques sévères, les médecins ne trouvaient rien. Aucun traitement n’avait d’effet. C’est en me tournant vers le coaching que j’ai compris l’essentiel : nos pensées, nos croyances et notre rapport à la performance peuvent devenir toxiques, même — et surtout — quand on se croit “forte”.
Ce chemin m’a transformée, au point de changer de carrière. Aujourd’hui, j’accompagne celles et ceux qui veulent mieux gérer leur stress, prévenir — ou sortir — du burnout. Avec une conviction forte : le stress est un signal, pas une faiblesse.
Ce que cette expérience m’a appris ? Que le stress n’a pas de passeport. Ce n’est ni culturel, ni générationnel : c’est humain. Que l’on soit à Hong Kong, Genève ou Paris, les professionnels font face aux mêmes injonctions à la performance. Ce qui fait la différence, ce sont les outils concrets qu’on se donne pour y répondre.
Chez Humanys Solutions, je développe et mets en œuvre des actions concrètes autour de la santé mentale en entreprise. Car la santé mentale n’est pas un sujet RH annexe : c’est un levier stratégique. Un collaborateur épuisé ne vend pas mieux. Un leader stressé ne motive personne. Investir dans la santé mentale, c’est investir dans la performance durable.

Quelles stratégies concrètes proposez-vous aux individus et aux entreprises pour prévenir efficacement le burnout?

La prévention du burnout repose sur deux piliers indissociables : la responsabilisation individuelle et l’engagement organisationnel.
Pour les individus, il s’agit d’abord d’apprendre à reconnaître les signaux d’alerte : fatigue persistante, irritabilité, perte de motivation ou troubles du sommeil. Le burnout ne survient jamais du jour au lendemain. Ensuite, il faut développer une vraie hygiène de récupération. Trop de professionnels vivent en mode survie sans jamais se ressourcer. L’hyperconnectivité permanente — entre emails, messageries et notifications — empêche le cerveau de se mettre au repos. Résultat : notre système nerveux reste en alerte constante, ce qui épuise nos ressources mentales. La récupération doit devenir un rituel, pas une exception. Enfin, il est essentiel de remettre en question certaines croyances de performance, comme l’idée qu’il faut tout gérer seul ou qu’on ne peut jamais dire non.
Du côté des entreprises, la formation des managers est cruciale. Ils sont en première ligne pour repérer les signaux et initier le dialogue. Il faut également instaurer une culture de la permission, où lever le pied n’est pas perçu comme une faiblesse. Et surtout, proposer des dispositifs concrets : conférences de sensibilisation, ateliers pratiques sur la résilience ou la charge mentale, coachings individuels pour les cas à risque ou les retours post-burnout. Chez Humanys Solutions, ces formats sont proposés aux organisations soucieuses de concilier performance et santé durable.

Avez-vous observé une évolution dans la manière dont les entreprises perçoivent la gestion du stress depuis le début de votre carrière? Pouvez-vous nous donner des exemples?

Oui, de manière très nette. Il y a encore quelques années, la gestion du stress était considérée comme une affaire personnelle — presque un signe de faiblesse ou un manque de résistance individuelle. Aujourd’hui, on observe un vrai changement de posture : les entreprises prennent conscience que le stress mal géré a un coût direct, humain et économique.
Selon le Mind Health Report 2024 d’AXA, le stress coûte chaque année 17,6 milliards de francs à la Suisse. Cela inclut les absences maladie, la perte de productivité, la rotation du personnel et les coûts RH. Et personne n’est à l’abri : tous les niveaux hiérarchiques sont concernés.
La bonne nouvelle, c’est que la prévention devient un sujet stratégique. Les entreprises qui prennent le sujet à bras-le-corps améliorent leur marque employeur, attirent des talents plus engagés et fidélisent davantage. Par exemple, certaines structures avec lesquelles je travaille intègrent désormais des ateliers de prévention dès l’onboarding, ou mettent en place du coaching individuel de soutien lors des pics d’activité. Les conférences de sensibilisation à la santé mentale sont également très en demande — tous secteurs confondus — avec un objectif partagé : prévenir plutôt que guérir. Ce n’est plus un “nice to have”, mais bien un outil de management moderne, ancré dans une logique de performance durable.
On observe aussi un changement culturel : on parle davantage de santé mentale, même dans des milieux historiquement exigeants. Certains dirigeants osent parler de leurs propres limites. Cela ouvre la voie à une culture du travail plus humaine — mais aussi plus efficace sur le long terme.

Comment intégrez-vous l'utilisation des outils modernes, comme l'IA, dans vos pratiques de gestion du stress et de recherche d'emploi?

Je vois l’IA comme un outil utile, à condition qu’elle reste au service de l’humain. Bien utilisée, elle permet de structurer l’action, de gagner en efficacité et de réduire la charge mentale — à condition de savoir ce qu’on en attend.
En recherche d’emploi, chez Humanys Solutions, nous proposons des séminaires sur l’usage de l’IA dans le cadre de l’outplacement. Nous accompagnons les candidats dans l’optimisation de leur CV et de leur profil LinkedIn à l’aide de l’IA générative, dans la rédaction de lettres de motivation, l’automatisation de leur veille, ou encore la préparation aux entretiens. Nous utilisons également ces outils dans les bilans de compétences, pour explorer des pistes professionnelles ou générer des grilles de compétences personnalisées. Cela vient enrichir la réflexion, sans jamais remplacer l’échange avec le coach.
Concernant la gestion du stress, j’utilise l’IA pour concevoir des supports pédagogiques, structurer des contenus et produire des exercices pratiques adaptés à mes publics. Cela me permet de proposer des interventions claires, actuelles et personnalisées. Mais, là encore, elle ne remplace ni l’écoute active, ni la dynamique de groupe, ni la personnalisation en séance.

Dans un monde de plus en plus axé sur la performance et le résultat, comment conseillez-vous aux employés de maintenir un équilibre sain entre vie professionnelle et personnelle?

La recherche d’équilibre ne consiste pas à tout faire parfaitement dans tous les domaines. C’est avant tout une question de clarté sur ses priorités, d’écoute de soi et de gestion consciente de son énergie.
Dans un contexte de performance permanente, je conseille aux employés de se concentrer sur trois leviers concrets :
D’abord, il faut cesser de viser une idée parfaite de l’équilibre. Mieux vaut se poser régulièrement une question simple : « Qu’est-ce qui est vraiment important pour moi en ce moment ? » Les réponses évoluent selon les périodes de vie. Ce qui compte, c’est de choisir consciemment là où on met son énergie, plutôt que de la disperser.
Ensuite, il est crucial d’apprendre à reconnaître ses besoins : besoin de repos, de calme, de reconnaissance, ou simplement de limites claires. Ne pas écouter ces signaux mène à une accumulation silencieuse de stress et d’insatisfaction. Il ne s’agit pas de répondre à tous ses besoins immédiatement, mais de les reconnaître et de les prendre en compte dans ses choix et son organisation.
Enfin, il faut protéger ses temps de récupération. La performance durable repose sur l’alternance entre effort et pause. Je recommande de planifier ses moments de récupération avec autant de rigueur qu’une réunion : pause sans écran, respiration, marche, activité régénératrice. Ce sont ces petits rituels qui permettent de tenir dans la durée (et d’éviter l’effet “je craque le vendredi soir”).
Et surtout, il faut s’autoriser à ajuster le curseur. L’équilibre n’est pas figé : il évolue. Savoir dire non, demander de l’aide, ou simplement ralentir temporairement, sont des actes de responsabilité bien plus que des signes de faiblesse. La gestion du stress et des émotions devient ici une compétence clé : mieux on s’écoute, plus tôt on agit — et moins on subit.

Quelle est, selon vous, la prochaine grande évolution ou défi en matière de gestion du stress au travail, et comment vous y préparez-vous?

Le grand défi à venir, ce n’est pas seulement le stress en soi — c’est notre capacité collective à y répondre dans un contexte de transformation profonde du monde du travail.
La population active vieillit. La pénurie de talents va s’accentuer au cours des dix prochaines années. Dans ce contexte, les entreprises qui négligent la santé mentale s’exposent à des difficultés majeures : augmentation des arrêts longue durée, désengagement des équipes, perte d’attractivité sur le marché.
La véritable évolution, selon moi, est culturelle. Le simple fait que de plus en plus d’entreprises reconnaissent que le stress est un enjeu collectif — et non individuel — est un tournant. Mais cela ne suffit pas : il faut maintenant passer à l’action de façon structurée, durable et visible
Chez Humanys Solutions, nous préparons les entreprises à cette transition en développant des dispositifs concrets : conférences de sensibilisation, ateliers de prévention ancrés dans les enjeux réels des entreprises, accompagnement des RH et des managers pour créer une culture de soutien plutôt que de suradaptation.
Le stress n’est pas une anomalie. C’est le symptôme d’un système sous pression. L’entreprise qui sait prévenir, accompagner et réguler ce stress — en particulier dans un contexte de pénurie de talents — gagnera en fidélisation, en performance et en résilience.

Pour plus d'informations : https://www.humanys-solutions.ch/

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