Quelle a été votre principale motivation pour écrire « Du burn-out au born-out, les 7 étapes vers la renaissance » et quel a été le moment décisif qui vous a poussé à vous consacrer à ce sujet ?
Ma principale motivation en écrivant ce livre était d’offrir un guide clair et accessible aux personnes qui traversent un burn-out, en leur montrant qu’il est possible non seulement de remonter la pente, mais aussi de se réinventer et de se créer une vie épanouissante. Beaucoup de livres/conférenciers autour du sujet du burn-out sont très négatifs et pointent la gravité de la situation. Pour ma part j'ai choisi de développer une approche résolument positive qui invite à la mise en action.
Ce qui m'a poussé à aborder ce sujet : J’ai moi-même vécu un épuisement professionnel. Et j'ai constaté, combien il est difficile de trouver des repères pour s’en sortir. Les questions que je posais aux professionnels de l'accompagnement ne trouvaient pas de réponse : "Comment en suis-je arrivé là ? Que va-t-il m'arriver ? Que dois-je faire pour aller mieux ?". Comme la recherche scientifique était mon métier, j'ai décidé de m'intéresser au burn-out comme à un projet de recherche. J'ai lu des publications, interviewé des personnes, etc. Le blog PartageTonBurnout.fr est né de l'envie de partager tous ces contenus au plus grand nombre. Le livre est la suite logique du blog.
Je suis aujourd'hui formée au coaching professionnel et j'accompagne aussi bien les personnes qui s'épuisent au travail que les collectifs qui veulent créer des conditions de travail épanouissantes et pérennes.
L'expérience de ces accompagnements a été une source importante pour nourrir ma réflexion sur le burn-out. Et je sais à quel point les personnes qui s'épuisent au travail, comme leurs employeurs se sentent perdus et ont besoin de réponses éclairantes. C'est la tonalité que j'ai voulu donner à ce livre : un livre éclairant, structuré, facile à lire pour mieux comprendre le burn-out et se sentir en capacité d'agir pour le prévenir ou remonter la pente.
Dans la nouvelle édition enrichie de votre livre, quelles nouvelles solutions concrètes proposez-vous pour aider les personnes à comprendre et à prévenir l'épuisement professionnel ?
Dans ce livre, les lecteurs découvriront les 7 étapes du burn-out, chacune accompagnée d’explications claires sur les besoins essentiels pour avancer. Chaque phase ayant ses spécificités, il est crucial de les traverser dans l’ordre, sans brûler les étapes, afin de se reconstruire durablement. Des exercices sont proposés pour appliquer concrètement les recommandations.
La nouvelle édition comprend des encarts spécifiques pour les RH et managers pour qu'ils puissent mieux comprendre le burn-out, sachent comment identifier des collaborateurs à risques, les aider à prendre conscience de leur état d'épuisement et accompagner au mieux un collaborateur concerné par le burn-out.
Dans la partie "la nouvelle vie", des témoignages de personnes ayant traversé toutes les étapes du burn-out et reconstruit une nouvelle vie épanouissante sont partagés. L'objectif est de permettre aux lecteurs de pouvoir sur projeter sur des issues possibles après leur burn-out (rester en poste, se reconvertir, etc.).
Pouvez-vous nous expliquer en détail les '7 étapes vers la renaissance' décrites dans votre ouvrage et comment elles peuvent transformer une expérience de burn-out en une opportunité de renouveau personnel ?
Voici les 7 étapes que je décris dans mon ouvrage :
1- L’euphorie : lorsque tout réussi au futur épuisé du travail et qu’insidieusement se plantent les graines de l’épuisement ;
2- Le burn-in : une phase d’épuisement progressif, souvent masquée par le déni et la surcompensation ;
3- La chute : le moment où le corps lâche et où l’arrêt devient inévitable ;
4- La décompression : une phase de vide et d’incertitude, où tout
semble s’effondrer ;
5- La récupération : un temps nécessaire pour recharger ses batteries
et commencer à comprendre ce qui s’est passé ;
6- La reconstruction : pour poser les bases d’un avenir différent, réévaluer ses priorités et son rapport au travail ;
7- La nouvelle vie : retrouver une activité en accord avec ses valeurs, dans un cadre plus respectueux de soi.
Je dis souvent que le burn-out est l'expression du corps qui s'arrête avant la mort. C'est expérience extrême de confrontation à la mort (consciente ou inconsciente), nous pousse à remettre en perspective nos schémas et croyances vis à vis du travail. Christina Maslach parle d'un effondrement de l'âme pour parler de ce bouleversement. La phase de décompression est cette phase où la personne va lâcher prise sur ses schémas et accepter d'abandonner le super héros interne qui l'a poussée à l'épuisement. La phase de récupération est un moment propice pour revoir ces schémas, soigner les blessures psychologiques (celles de la vue adulte et de l'enfance) et apprendre à développer un meilleur équilibre de vie. La phase de reconstruction est le moment d'un questionnement existentiel sur le sens que nous donnons au travail, nos valeurs, ce à quoi nous voulons contribuer, et la mise en mouvement pour l'obtenir. Ainsi les personnes ayant vécu un burn-out, grâce à cette remise en question profonde vont pouvoir développer une nouvelle vie professionnelle qui leur convient mieux : plus équilibrée, plus alignée avec leur valeurs.
Il est important de noter que je parle "d'opportunité" et non de chance, car il appartient à chacun de saisir ou non cette opportunité. Ces questionnements profonds nécessite un travail sur soi et paradoxalement des efforts. La transformation ne se fera pas d'elle même. C'est un choix et un engagement personnel de l'individu qui permettra l'accès à cette vie plus épanouissante. Le chemin n'étant pas facile, il est recommandé d'être accompagné de différents professionnels.
En tant qu'experte dans le domaine du burn-out, quels sont les signes précurseurs d'un épuisement professionnel que vous conseillez aux individus et aux entreprises de surveiller ?
Les signes précurseurs du burn-out sont à la fois physiologiques et comportementaux.
L'épuisement professionnel est causé par une situation de stress chronique au travail. Le stress quand il est trop intense et dure trop longtemps (plusieurs mois), génère des dérèglements hormonaux dans le corps. Ces dérèglements ont un impact sur les organes, ce qui génère des troubles physiologiques multiples. Une centaine de troubles ont été identifiés, comme par exemples les migraines, troubles respiratoires, de la peau, de la digestion, cardiaques, de la vue, les douleurs au dos, musculaires, articulaires, les maladies virales à répétition, pertes de mémoire, etc. Plus le stress va durer, plus les troubles sont s'accentuer en intensité, fréquence et gravité. Lorsque des organes clés tels que le coeur, le cerveau, la vue sont touchés, c'est que l'épuisement physique est déjà très intense. Comme cette phase est une phase de déni, la personne épuisée va tout faire pour cacher ses troubles et va avoir tendance à compenser pour que cela ne se voit pas sur son lieu de travail. Vous trouverez plus de détails et d'explications à ce sujet dans le livre.
En parallèle, la personne en état de stress chronique va développer des symptômes comportementaux. Etant épuisée, elle n'a plus de ressources pour gérer les relations avec les autres personnes, son comportement va changer : elle peut devenir plus irritable, colérique, avoir tendance au cynisme ou à l'isolement. Comme elle n'arrive plus à gérer son travail, les pauses vont diminuer petit à petit. Enfin, son cerveau va commencer à dysfonctionner du fait du dérèglement hormonal. Le collaborateur va commencer à commettre des erreurs, aura du mal à se concentrer, de petits accidents vont apparaitre au départ sans lien visibles avec l'épuisement. Mais ces erreurs ou accidents vont empêcher le travail, comme des actes manqués. Donc la baisse de performance d'un salarié ou son changement de comportement relationnel sont aussi des points d'attention pour les Managers.
Pour les 2,5 millions de personnes en France confrontées à l'épuisement professionnel, quels conseils pratiques et immédiats leur donneriez-vous pour commencer à reconstruire leur bien-être mental et émotionnel ?
Le premier conseil, essentiel, pour les personnes qui sont aujourd'hui en arrêt de travail pour burn-out, est de ne pas rester seul. Vous aurez besoin de ressources extérieures pour remonter la pente : de proches pour vous soutenir et de plusieurs professionnels (médecin, psychothérapeute, coach, etc.). Le second conseil est de prendre votre temps, la remontée de la pente après un burn-out n'est pas une course de vitesse, c'est une course de fond. Il est essentiel de respecter chacune des étapes et d'avoir fait un travail sur vous pour éviter la rechute. Car il est important de préciser que près d'un tiers des personnes rechutent après un burn-out. Je constate qu'il s'agit de personnes qui n'ont pas pris le temps ou eu l'opportunité de se questionner sur les causes de leur épuisement à la fois au niveau personnel et au niveau de l'environnement de travail.
Comment voyez-vous évoluer la perception et la gestion de l'épuisement professionnel dans les milieux professionnels à l'avenir, surtout avec l'impact de technologies modernes et du télétravail ?
L'épuisement professionnel est de plus en plus présent dans le monde du travail. A la fois du fait de l'évolution du monde du travail qui peut devenir déshumanisant en se concentrant uniquement sur les outils et les processus, mais aussi du fait des technologies qui nous poussent à faire toujours plus (elles ne nous font pas gagner du temps, elles nous poussent à faire plus), et enfin du fait des attentes des travailleurs vis à vis du travail qui changent avec une demande de sens et d'épanouissement professionnel plus grande que pour les générations précédentes.
Les outils ou technologies ne sont pas la cause de l'épuisement c'est leur usage qui conditionne leur impact sur les individus. Par exemple la possibilité d'avoir recours au télétravail peut-être une source de meilleur équilibre : en diminuant le temps de trajets, permettant le développement d'activités personnelles les jours de télétravail. Mais il devient délétère s'il devient contraint, empêchant les équipes de créer du lien social, ou s'il est mal utilisé : une étude montre par exemple que le temps de transport gagné n'est pas remplacé par une activité physique ou culturelle mais par plus de travail, que certains salariés vont avoir tendance à oublier de s'arrêter régulièrement pour remplir leurs besoins primaires (boire, aller aux toilettes, marcher, parler, etc.).
De même l'accès infini à l'information peut pousser certaines personnes à se perdre dans l'accumulation des données, surtout s'ils sont mus par le besoin de s'acquitter parfaitement bien de leur tâche. Ce n'est donc plus la technique qui nous limite, mais notre capacité humaine. C'est un nouvel apprentissage à faire : le travail n'est pas fini quand il est "complet", mais quand il est suffisamment bien.
Il sera intéressant de voir comment l'Intelligence artificielle va influencer ces paradigmes. Elle pourra soit permettre un meilleur équilibre en facilitant certaines tâches, soit creuser encore le sentiment d'épuisement des personnes.
Paradoxalement, face au développement de toutes ces technologies, je constate qu'un certain nombre d'individus aspirent à plus de relationnel, de contact en présentiel, etc.
Quels sont les défis que vous avez rencontrés lors de l'écriture de votre livre, et comment ces défis ont-ils enrichi votre compréhension et votre approche du sujet du burn-out ?
Les plus grands défis à l'écriture ne sont souvent pas techniques, mais émotionnels et organisationnels. Je connaissais déjà bien le sujet, j'avais écrit beaucoup de contenus pour le blog, je savais faire une bibliographie et cerise sur le gâteau : j'affectionne particulièrement l'écriture. Donc écrire en soit n'était pas un problème.
Mon premier défi a été en réalité de créer de l'espace pour ce livre dans mon emploi du temps. Pour cela, j'ai utilisé les outils que je connaissais : ceux du coaching professionnel et pour cela je me suis fait accompagner. J'ai nourri la vision, l'intention et le sens de ce livre. Une fois que j'étais imprégnée des messages clés que je voulais faire passer et de l'enjeu à partager mon message, l'énergie et temps nécessaire se sont naturellement créés dans mon agenda.
Ecrire le livre m'a permis de clarifier encore un peu plus ma pensée. Les recherches complémentaires que j'ai faites a aussi amélioré ma compréhension de ce syndrome. J'aime beaucoup cet adage qui dit qu'il ne faut pas être expert pour écrire un livre, mais écrire un livre pour devenir un expert. L'exercice de l'écriture façonne la pensée et ancre profondément les principes découverts en chemin.
Pour plus d'informations : https://www.astridlefur.com/