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Interview de Alexis Tricoire : Reconnecter l’humain à la nature par le design de mobilier urbain

Interview de Alexis Tricoire : Reconnecter l’humain à la nature par le design de mobilier urbain

Alexis, pourriez-vous nous raconter ce qui vous a conduit à fonder votre entreprise en mettant l'accent sur la conception de mobilier et son influence sur le bien-être mental dans les espaces urbains?

La fondation de mon entreprise découle de ma passion pour le design et de ma conviction que le mobilier a le pouvoir de transformer notre environnement et conditionner notre bien-être.

J’ai très vite été intéressé par la question de l’écologie, de la préservation des ressources et de la biodiversité. Ce qui m’a conduit à développer des projets aussi bien en intérieur qu’en extérieur, éphémères ou durables qui incluent ces paramètres.

Ma sensibilité à la nature et son manque de présence en ville ont également joué un rôle crucial dans l’orientation de mon travail. J'ai ressenti un besoin profond de créer les conditions pour que la nature puisse s’immiscer harmonieusement dans le cadre urbain, le mobilier devenant une interface relationnelle entre l’humain et la nature.

Il n’est plus besoin de rappeler le nombre d’études scientifiques qui prouvent que le contact avec la nature nous apporte du bien-être et de l’apaisement. En intégrant des éléments naturels et des meubles bien conçus, on peut créer des environnements urbains qui favorisent la détente et le bien-être.

Par ailleurs, lorsque l’on considère la taille moyenne de nos logements en ville, et la promiscuité domestique que cela implique, l’espace urbain est un lieu de respiration, qui doit être accueillant et ressourçant. D’autant plus que notre mode de vie de plus en plus sédentaire nous isole les uns des autres, et l’espace urbain est aussi un lieu de rencontre, de sociabilisation.

En fin de compte, mon objectif est de redéfinir les espaces urbains en les rendant plus accueillants et apaisants, permettant aux individus de se sentir plus connectés à leur environnement et à eux-mêmes.

Comment percevez-vous l'impact du design de mobilier sur notre bien-être mental dans des lieux comme les bureaux ou les espaces publics, et à quelles transformations assistez-vous grâce à vos créations?

Cela fait déjà plusieurs années, en particulier depuis les confinements liés au covid, que les entreprises ont mieux identifié les fonctions essentielles du bureau : la faculté d’échanger, la dynamique de groupe ou le pouvoir rassembleur.

Dans ces conditions, j’ai été invité à réaliser des espaces de socialisation où la présence du mobilier et bien souvent associé au végétal ont apporté du bien-être et une nouvelle dynamique auprès des salariés. Ce sont des invitations à travailler en dehors du bureau personnel ou de la froide salle de réunion pour activer nos sens, développer la convivialité et favoriser la créativité.

Ainsi, j’ai développé un nouveau concept de bulle biophilique d’intérieur, appliqué dans divers centres d’affaires, notamment pour BNP Reim à Saint Denis ou le Groupe Yves Rocher à Levallois. Il s’agit d’espaces immersifs, apaisants, où le végétal a une place enveloppante et protectrice, ils incluent un mobilier d’assise détente pour inviter au lâcher-prise. Ils invitent l’esprit à se libérer, s’éveiller pour favoriser les échanges spontanés ou bien pour se ressourcer et se reconnecter à soi.

Ces bulles biophiliques s’apparentent à un deuxième bureau, et jouent un rôle crucial dans la création de conditions favorables au bien-être et à la socialisation, en offrant des espaces où l'on peut se détendre et se sentir connecté à l'environnement et aux autres.

Dans votre expérience, avez-vous remarqué des différences significatives dans la manière dont les gens interagissent avec votre mobilier et comment ces interactions semblent affecter leur bien-être mental?

Dans les centres d’affaires Capital 8 (Westfield) ou Edouard VII (SFL), tous deux à Paris, j’ai réalisé des bancs courbes, permettant des situations d’usage variées à l’infini. En y intégrant des plantations exubérantes, ils tempèrent une architecture trop aride de cours intérieures très minérales à l’origine.

Ces lieux qui autrefois n’étaient que des accès aux bureaux se sont vus plébiscités par les salariés ou les visiteurs du site et sont devenus de vrais lieux de rendez-vous et de ressourcement. J’en conclu qu’ils apportent effectivement du bien-être et peuvent parfois aider à considérer des temps de travail plus agréables.

Pouvez-vous partager un projet spécifique où le design de votre mobilier a eu un effet notable sur la dynamique sociale et le bien-être des personnes dans un espace public ou de travail?

J’ai conçu un banc qui porte bien son nom : « FreshCity » (édition Atech). Il s’agit d’un objet hybride qui réunit une jardinière en métal, une assise et une ombrière en bois recyclé. Si l’on en met plusieurs, côte à côte ou face à face, on peut littéralement réaliser des corridors de verdure en pleine ville, devenant ainsi de véritables îlots de fraîcheur où il fait bon se réunir.

Ces oasis sont achetées par beaucoup de mairies françaises car elles sont effectivement des vecteurs de dynamique sociale et de bien-être pour des personnes qui pourraient souffrir de conditions climatiques de plus en plus extrêmes l’été en France.

Comment intégrez-vous les principes du bien-être mental dans le processus de conception de votre mobilier? Quels sont les éléments clés auxquels vous faites attention?

Pour moi c’est une question de bon sens, c’est intuitif. Je travaille comme un scénographe en imaginant un scénario qui peut s’organiser autour du mobilier ou dans l’espace que je conçois. La base du travail de concepteur d’espace et de mobilier, réside dans le fait de se mettre à la place des usagers et d’imaginer comment ils vont pouvoir s’approprier le lieu où l’objet.

Comme un architecte, je suis particulièrement attentif aux points de vue, à la lumière, aux circulations. J’invite l’utilisateur à une posture, un état d’être, qui peut être dynamique ou relaxant, communicatif ou contemplatif.

Je suis également attentif aux problèmes d’éco-anxiété, un phénomène récent lié à l’angoisse de voir notre planète se détériorer et les bénéfices systémiques qu’elle nous apporte disparaitre petit à petit. Pour cela, j’essaye d’inclure dans chaque projet une dimension écologique, avec des approvisionnements en circuit court et l’usage de matériaux recyclés afin de limiter l’impact de mes créations sur la planète.

Quel rôle pensez-vous que le design de mobilier joue dans la manière dont les villes évoluent pour devenir plus réceptives aux besoins de santé mentale de leurs citoyens?

Le design de mobilier joue un rôle essentiel dans l'évolution des villes en leur permettant de devenir plus adaptées aux besoins vitaux des citadins. En intégrant de la verdure, les éléments de mobilier offrent des lieux de ressourcement et de socialisation connectés à la nature.

Par exemple, le banc Opsa, dessiné pour l’entreprise Rainbeau, est un îlot de verdure entouré d’un banc de neuf places. Il évoque le mythe de l’arbre à parole, un espace à l’ombre favorable au contact social. Son design ultraléger en résine monobloc lui offre l’avantage d’être facilement récupéré après usure par le fabricant pour être rénové en usine, puis revendu sur le second marché.

Ces aménagements paysagers contribuent à apaiser les tensions liées à la vie urbaine et aux conditions climatiques extrêmes, tout en favorisant un sentiment de bien-être et de connexion avec l'environnement. En créant des espaces accueillants et écologiques, les designers peuvent ainsi combattre l'anxiété liée à un environnement trop minéral et améliorer la qualité de vie des habitants dans les centres urbains.

Quelles tendances émergentes voyez-vous dans le domaine du design de mobilier qui risquent d'influencer positivement le bien-être mental dans les années à venir?

En conclusion, plusieurs tendances émergentes dans le domaine du design de mobilier pourraient influencer positivement le bien-être mental dans les années à venir.

Dépasser la question de la mode et des tendances esthétiques qui concourent à l’achat compulsif pour intégrer des valeurs éthiques, permet de ralentir la frénésie de consommation, qui est souvent une forme de compensation à notre angoisse existentielle.

La beauté ne réside pas seulement dans une forme harmonieuse ou des couleurs chatoyantes, mais aussi dans une intention de participer au mouvement du monde vers plus de sobriété, de simplicité, et moins d’impact sur la nature.

L'intégration d’une éthique dans nos choix de consommation est un facteur de résilience face à l’éco-anxiété. En effet, acheter responsable, c’est aussi se respecter soi-même et cela peut favoriser l’auto-estime sur le long terme. C’est redonner de la valeur à l’objet plus que de vouloir des objets qui nous mettent en valeur.

Enfin, l'accent mis sur la création d'objets permettant de démultiplier les espaces verts, dans les bureaux ou en ville peut renforcer la connexion des citoyens avec la nature et promouvoir un sentiment de tranquillité et de bien-être dans les centres urbains.

Tous les exemples cités dans ce texte sont détaillés sur le site https://alexistricoire.fr/mobilier-urbain/

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